Le prolongement de la ligne T10 en tracé souterrain est une décision à laquelle je suis tout à fait hostile. Et alors? On s'en fout répondront le Maire, le député, le Président de la majorité municipale (c'est la même personne), la Présidente de région, le Président de la République. Je sais bien.
Oui mais moi je ne m'en fiche pas, parce que c'est moi, comme plein d'autres qui habite sur le tracé.
Les raisons sont profondes (ah ah, très fin) et multiples.
Rappelons le sujet : prolonger de 3 km un tramway dont le terminus est actuellement le Jardin Parisien, (pour les ignorants de la toponymie localle, le sud de la commune avec l'hôpital Béclère à proximité) pour le faire circuler jusqu'à la gare de Clamart- Issy - Vanves et ainsi connecter à la fois à la ligne N du Transilien et au Grand Paris Express ligne 15. Dit comme ça, l'objectif semble logique. Oui mais non.
Creuser sur des dizaines de mètres de profondeur et réaliser un nouveau chantier pharaonique à Clamart pour gagner quelques minutes pour un trajet qu'une navette en site propre pourrait, avec de faibles aménagements, réaliser immédiatement, c'est idiot. Cela démontre que ce n'est pas le trajet qui intéresse les élus et promoteurs de ce projet, mais bien le chantier en lui-même. Les élus paradent, les pros du BTP se frottent les mains, "la France avance" (mot à la mode qui ne veut rien dire, les habitants trinquent.
Un ingénieur de mes connaissances qui travaille sur le projet, me disait encore récemment : " ce projet pour nous c'est génial, un défi technique immense, mais on ne devrait pas le faire : un coût énorme pour une telle distance, c'est pas très logique du point de vue civique". Il est là le reproche principal : pourquoi la société peut-elle dépenser plus de 200 millions par km de liaison (en comparaison des modes de transport c'est énorme), alors que la pauvreté augmente, que l'alerte climatique est lancée depuis longtemps, et que l'on prétend devoir stopper l'artificialisation des sols et sous-sols?
Par ailleurs cette obsession du gain de temps, de l'augmentation des possibilités de mobilité que l'on va justifier par la réduction des temps de trajet du travailleur, bien évidemment, est en réalité un non-sens contradictoire. Il est avéré que plus l'on peut bouger vite et loin, plus l'on bouge vite et loin. Cette obsession ne cesse d'accélérer l'étalement urbain, d'éloigner paradoxalement les lieux d'habitation des lieux de travail. L'Île de France ne cesse de perdre terres arables et forestières, y-compris tout près de Clamart. Dernier exemple en date, le bois de Verrière dont une partie a été rasée pour accueillir les infrastructures techniques du T10. La justice a donné raison aux associations qui défendaient la forêt, las, après la réalisation du chantier! Absurdie toujours! Faut-il rappeler la transformation du plateau de Saclay, urbanisé à la pelleteuse de compétition en un temps record, des projets concernant Garges les Gonesses? La vraie réponse, ce n'est pas de toujours accélérer et accroître la mobilité, c'est de changer les localisations d'entreprise, d'en finir avec le centralisme forcené, de penser une autre société. Oui mais cela c'est politique et pas technique, donc plus difficile. On s'en remet à la vision des ingénieurs triomphants, des politicards fainéants et des citoyens dépassés, forcément dépassés, conservateurs, forcément conservateurs. Rien n'est plus faux : la vraie vision d'avenir est de repenser la ville pas de continuer à bétonner.
Sur un plan pratique, les Clamartois subissent depuis plus de 10 ans une transformation de leur commune à marche forcée, et des travaux immenses en permanence, qui usent, fatiguent, énervent et empêchent parfois de dormir. Du quartier de la gare (résidences cossues construite sur une place publique), au creusement et l'édification d'une nouvelle gare, ce sont 10 ans de chantier ininterrompu à ce jour! Au quartier centre, la piétonnisation a duré 2 années et on promet aux habitants un nouvel enfer avec la construction de deux stations de tramway impactant considérablement l'environnement et transformant à nouveau la ville. Dans ce même quartier, le chantier du stade et parking souterrain dure depuis deux ans également : Creuser sur 15 mètres et couler une dalle de béton d'une taille sans équivalent, un trou énorme pour faire courir des athlètes dans un environnement climatisé, - bienvenue dans l'écologie de droite-, voilà ce qu'est in fine ce projet démesuré dont le coût a explosé : plus de 100 millions d'euros.
Au sud de Clamart, les habitants du quartier de Trivaux ont été expulsés et les immeubles des 3F sont rasés. Cela fait de nombreuses ans que le vidage de la résidence a commencé. Les derniers habitants vivent dans un chantier géant où les services ne sont plus assurés par personne. Pour construire quoi? Une nouvelle résidence avec moitié moins de logements sociaux, un nouvel exemple de la mode architecturale néoclassique qui pullule dans le coin. La zone d'emploi du Plessis et de Clamart a été totalement urbanisée, la dernière usine importante va partir. Faudra -t-il un nouveau tramway pour que les employés qui gardent leur emploi, il y en a quelques-uns, se rendent désormais à Vitry?
Revenons au T10. On nous promet donc ce futur tramway pour 2032! Si les délais sont tenus (ils ne le seront pas, c'est impossible) ce seraient donc 16 années pleines de travaux majeurs et de bétonnisation du sous-sol clamartois, toujours plus profondément entaillé. Je ne me permets pas d'anticiper sur les nuisances d'un tel chantier : vibrations, fissures, inondations etc : c'est le boulot des ingénieurs que cela n'arrive pas, je ne veux pas jouer les oiseaux de mauvais augure... N'empêche je peux certifier que quand on a creusé le stade, nos maisons ont tremblé. Je peux également certifier que l'eau est apparue très vite et des pompes ont vidé, vidé, vidé...
Si cette liaison était si stratégique, il fallait la penser avant et au moins prévoir les navettes qui pourraient conduire à la gare les voyageurs arrivés au Jardin Parisien. Mais cette liaison n'est pas stratégique, elle est juste logique. L'est-elle tellement qu'elle mérite de tels investissements colossaux, dans une société qui n'arrive pas à loger, nourrir, soigner, éduquer ses membres les plus faibles?
Ce T10 est une hérésie, et révèle bien qui dicte la loi dans le pays : comme pour l'A69, les intérêts des habitants ne sont pas examinés : la logique qui ressort c'est de faire prospérer les grosses entreprises : "quand le bâtiment va, tout va!"... Le célèbre dicton des années 1950 a encore de beaux jours devant lui et c'est cela qui exaspère le plus. Partie dans une course à la mobilité sans fin (aux deux sens du terme : inachevée et sans objectif réel) la France construit des routes, construit des lignes à Grande Vitesse, construit des Data Center, continue à construire d'immenses zones commerciales "où on trouve tout" et s'épuise, épuise les sols, épuise ses habitants, vide ses campagnes, étouffe ses villes. Stop!
Il est encore temps de dire "stop" : employons mieux notre argent public, changeons nos priorités. et si l'on veut absolument créer une mobilité entre Paris - et Antony via Clamart songeons qu'elle existe potentiellement déjà et qu'une simple navette à l'arrivée de chaque train dans un sens et de chaque tram' dans l'autre sens, pourrait achever cette laision. C'est pas très clinquant mais ça marche très bien.
A ce stade le Maire, le député, Le président de la majorité municipale etc ont déjà cessé de me lire. Je n'entre pas dans la catégorie des "ambitieux", de ceux qui veulent une ville "compétitive et attractive", "puissante et moderne". Mais quelle "ambition"? Quelle "compétition"?
Mon ambition à moi, celle qui me parlerait ? Une ville verte, aux mobilités douces, donc lentes, des pistes cyclables, des magasins en centre ville, des espaces libres, une flore sauvage (oui des "mauvaises herbes! comme à Berlin!).
Non, moi en effet, je veux une ville qui ressemble à ce qu'elle est : proche de Paris, et verte néanmoins. Humaine. Dans laquelle les oiseaux sont visibles et où la cime des arbres animent le ciel de leurs harmonieux mouvements par temps de vent. Et où en effet, pour aller ailleurs, je peux prendre le bus : 189,190,191,162,169, 123, 59; Le tramway : T10, T2 tout proche. Le train : ligne N. Bientôt le super méga métro pour aller très loin (!) ligne 15 donc, mais déjà tout proches la ligne 12, la ligne 13, la ligne 14, un peu plus loin mais pas tant que ça, la ligne 9....
Non, Clamart n'est pas isolée et coupée du reste de la banlieue. Rien de plus faux.